Notre région

Présentation :

“Bon logis, bon vin et bon pain”…C’est ainsi que, au 17e siècle déjà, Chardonne devait recevoir ses hôtes. Sa tradition d’accueil est fort ancienne.

LA PATINOIRE DU GRAND HOTEL-1Pays complet, où s’étagent, sur les fancs du Mont-Pèlerin, vignoble, campagne et forêts, avec à ses pieds le lac, scène d’un théâtre aux décors sans cesse renouvelés. Cela fait plus de cent ans qu’un funiculaire permet d’en gravir aisément la pente.

Chardonne, village au coeur de ses vignes cultivés depuis des temps immémoriaux, est fier de ses vins de renom, blancs, rosés et rouges. Il fait bon s’arrêter dans une cave, dont le propriétaire vous reçoit volontiers, s’asseoir au caveau des vignerons pour y déguster les différents crus ou s’attabler dans une pinte à la bonhomie bien vaudoise. De belles demeures vigneronnes, une église ancienne, un château où les seigneurs bernois, déjà, se plaisaient à humer les vins du lieu.

LE MONT PELERIN EN HIVERTant d’artistes, écrivains, peintres et musiciens ont aimé séjourner à Chardonne et y sont restés attachés. Belvédère fameux depuis le début du siècle, la station du Mont-Pèlerin est doté de grands hôtels alliant luxe et confort, et de restaurants à vocation gastronomique.

Calme, beauté, équilibre…un lieu de haute classe. Le regard glisse à la surface du lac et rejaillit au sommet des Alpes. Pays que l’on mesure de l’oeil, pays à la taille de l’homme.

LES NARCISSES AU PRINTEMPSLe Mont-Pèlerin, région par excellence des promenades à pied, vélo et raquettes : au hasard de la balade, sur d’agréable sentiers balisés, on traverse tour à tour des forêts à l’odeur d’humus frais ou des pâturages craquant de sauterelles, tantôt à l’ombre de hautes futaies et tantôt face à l’espace immense des montagnes et du lac, dont la courbe se perd au loin. Ca et là, une rustique buvette ou un restaurant accueillant offrent une halte bienvenue. Au sommet, la tour de Plein Ciel permet de découvrir en un vaste panorama non seulement le lac Léman tout entier, mais aussi les Alpes et le Plateau jusqu’au Jura.

Contes et légendes

De nombreuses personnes nous ont demandé quelle était l’origine du nom du Mont-Pèlerin. La surprenante fréquence de la question peut s’expliquer par le fait que ce mot de “pèlerin est très rare en toponymie. Nous n’en avons pas jusqu’ici repéré un autre dans le domaine vaudois. Le terme éveille donc la curiosité et… elle n’est pas facile à satisfaire.

Il faut d’abord évoquer (sans pouvoir trancher) un point d’orthographe. Pélerin ou Pèlerin ? Anciennement, on s’en tenait fermement à l’accent aigu: la carte au 1/25’000 de 1888 écrit le “Mont-Pélerin”. Quand elle émet ses actions en 1912, la Société des Eaux du Mont-Pélerin est fidèle à l’accent aigu. Le guide de M. Tacheix, paru en 1921, s’en tient encore à “Mont-Pélerin”. Mais la nouvelle carte au 1/25’000 dès 1962 met l’accent grave “Mont-Pèlerin”. La carte officielle du DIPC, longtemps en usage, faisait de même. Dans notre livre sur Chardonne et son histoire, pour nous conformer à la cartographie moderne, nous avons choisi la graphie “Pèlerin”. Nous risquons ainsi de renforcer la confusion avec le mot “pèlerin”, que voulaient éviter les gens d’autrefois. Nous verrons que rien ne permet de soutenir une graphie plutôt que l’autre. Dans l’embarras, la toute dernière carte officielle du DIPC (1996) croit résoudre le problème en ne mettant plus d’accent du tout !

En fait, le nom de Mont-Pèlerin est une création relativement récente. Dans la population comme dans les documents d’archives, jusque vers le milieu du 19e siècle, on a toujours parlé du Mont de Chardonne (comme les Pléiades furent longtemps appelées les Monts de Blonay), ou simplement le Mont. Quand, en septembre 1839, Victor Hugo visite la région, il parle du Mont Chardonne. Le mot Pèlerin apparaît dans la seconde moitié du 19e. Eugène Rambert, en 1888, écrit Pèlerin. A peu près à la même époque, le poète français Edouard Grenier parle du Mont-Pélerin. (La rivalité entre l’aigu et le grave existe déjà!) L’apparition de cette dénomination correspond à la naissance et au développement du tourisme pédestre sur le Mont, que suivra bientôt, autour de 1900, la construction de plusieurs grands hôtels et de la ligne du funiculaire. Il fallait bien donner un nom à cette éminence modeste mais pleine de charme.

Alors, d’où vient ce mot de Pèlerin ? Il s’agit en réalité d’un lieu-dit précis, désignant un coin de bois et de pâturage situé près du sommet (1084 m.), en gros entre l’emplacement de l’actuelle tour de communication et la clairière du chalet Butticaz, propriété de la Commune. Le toponyme est fort ancien. Il apparaît pour la première fois dans nos archives (parchemin P14) en 1423. Le recteur de la Confrérie de l’Eucharistie du Christ de Chardonne accense (loue) à Thomassetus douz Crest, de Chardonne, un morceau de pré que celui-ci a défriché, sis Au Crest douz Pellerin… jouxte le chemin tendant du lieu-dit Pellerin jusqu’au Faucon (quemdam morsellum prati per dictum Thomassetum extirpatum situm in Cresto douz Pellerin et plus loin a loco dicto Pellerin). Pellerin : voilà dans la vraie graphie d’origine.

Le toponyme date probablement de plusieurs siècles auparavant, et le lieu devait être favorable à la chasse. De nombreux exemples l’indiquent. Ainsi, au siècle suivant, on relève en 1560 : pour le loup qu’on print au Pellerin. En 1610, on voit des petits sangliers pris au Pellerin. Mais cette même année, on va encore “porjetter” (débusquer) des sangliers au Pelerin. Et en 1622, ce sont deux biches qui sont prises au lieu-dit au Pellerin. En revanche, quand la chasse se déroule ailleurs, on dit : aller à la chasse au loup sur le “Mont” (1632). C’est donc bien un simple lieu-dit qui a donné plus tard son nom au Mont tout entier.

Voilà qui simplifie déjà un peu le problème. Même si la foi peut soulever les montagnes, notre Mont n’est pas parti pour Rome, Jérusalem ou Compostelle, méritant ainsi son nom de pèlerin comme autrefois de pieux voyageurs reçurent le droit d’ajouter une coquille Saint-Jacques sur leurs armoiries…

Peut-on tenter de découvrir l’origine de ce nom ? En fait, on ne peut émettre que de faibles hypothèses. Mais disons d’abord que cela n’est pas et n’a jamais été un lieu de pèlerinage: ce sommet était inhabité depuis toujours et il n’y a aucun vestige de construction. Tout au plus peut-on supposer, d’après un petit dessin sur un plan de 1776 qu’il y eut un signal à feu, auquel ferait allusion une note datant de 1633, signal qui fut abandonné. D’ailleurs un lieu de pèlerinage porterait le nom du saint que l’on viendrait prier et non le mot commun de pèlerin. Quel rapport pourrait-on établir avec un pèlerin ? Les chemins de pèlerinage ne passaient pas par notre sommet. Certes, partir ainsi sur les routes était une forme de pénitence, mais d’ici à passer par le crête des montagnes… Et l’on n’aurait pas donné ce nom si un pèlerin avait simplement passé par là ! Il eût fallu au moins qu’on y retrouvât le corps d’un passant pour que le nom se fixât. S’agirait-il alors d’un surnom donné à un personnage de l’endroit qui aurait effectué un pèlerinage et qui aurait possédé ce coin ? D’où le Crest douz pellerin. Il y a bien un sorcier local, Jaquet de Panissières, qui, vers 1460, avait été condamné, comme pénitence, à faire le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle en passant par Saint-Claude dans le Jura et Saint-Antoine en Dauphiné. Mais notre toponyme est déjà attesté bien avant ! Autre objection: ces forêts du Mont n’étaient pas des propriétés privées; elles étaient à la communauté et c’est la Confrérie (amorce des autorités) qui en disposait.

Ne négligons pas une autre hypothèse: le lieu de pèlerinage le plus proche connu était Notre-Dame de Lausanne, soit la Cathédrale. Les fidèles s’y rendaient notamment pour la fête de l’Annonciation (25 mars) afin d’y prier la Sainte-Vierge. Mais les gens qui ne pouvaient pas faire le déplacement jusqu’à Lausanne pour des raisons d’âge, d’infirmités ou d’autre empêchements se réunissaient au lieu-dit actuel de La Croix ou la Croix de la Dame (à environ 200 m au nord de la Tour de Marsens) d’où ils pouvaient, par temps clair, apercevoir Notre-Dame et participer ainsi spirituellement aux dévotions du pèlerinage qui s’y déroulaient. Cette coutume se prolongea même au-delà de la Réforme. Le sommet de notre Mont aurait-il pu jouer un rôle semblable pour notre paroisse ? Il est vrai qu’on aurait probablement nommé le lieu d’un mot rappelant ce rapport à Notre-Dame ou au moins aurait-on comme lieu-dit “Pèlerins” au pluriel.

Nous abandonnons aux chercheurs férus de celtisme la possibilité de partir de Belenos, dieu gaulois, pour tenter de rejoindre le Pèlerin, mais nous ne les suivrons pas.

Aux fervents d’hagiographie de s’intéresser à Saint-Pèlerin. Martyrisé le 16 mai 304, ce saint (qui figure aussi sous la forme ancienne de Saint-Péregrin) étendit ses bienfaits notamment sur la basse Bourgogne et le Morvan, c’est-à-dire pas très loin de nos régions. On l’invoquait pour guérir le bétail malade et la terre de Saint-Pèlerin était préservée de tout serpent. En 60 ans, nous n’avons jamais vu de serpent sur notre Mont (en tout cas du côté nord-est). A ceux qui voudraient y voir un indice, nous laisserons la responsabilité de leurs conclusions…

Il semble bien qu’il faille rechercher l’origine de Pèlerin dans l’étymologie. Nous ne retenons pas la suggestion de partir de “pilosus”, poilu, utilisé pour désigner soit un pré d’herbe fine, soit une forêt épaisse couvrant un sommet (ce serait le cas ici). L’on ne voit pas comment arriver à Pèlerin.

Il semble plus acceptable de partir de latin “pala”, la pelle, utilisé dans des toponymes désignant des terrains plats, souvent des pâturages; on en trouve orthographiés avec un ou deux “l”. Bossard et Chavan citent deux “Paleyres” dont un à Chexbres. Notre lieu-dit du Pèlerin présente effectivement un espace relativement plat de dimension modeste, ce qui justifierait le suffixe diminutif -unum. On aurait donc un “Palar-inum”, passé à “Pelerin(um)” ou “Pellerin(um) par contamination avec le mot commun pèlerin. Ce serait donc un petit pâturage plat.

Bien que cette hypothèse paraisse la plus plausible de toutes celle que nous avons envisagées, elle n’en reste pas moins fragile, mais nous devons, pour le moment, nous en contenter, et notre Mont Pèlerin conserve sur ses hauteurs une brume de mystère.

Texte de Monsieur Jean-Paul Verdan, Chardonne janvier 2003